Auteur photographe

David Salvagnac

Marches à l'ombre

Je dévoile ici un travail plus intime, basé sur des "chroniques photographiques judiciaires". Nous sommes au 36 quai des Orfèvres, siège historique de la Police Judiciaire parisienne et théâtre des romans de Simenon. Mon projet s'inscrit dans la célébration du Centenaire de la P.J. et de la Brigade Criminelle (1913-2013).

La série s'articule autour des 148 marches du mythique escalier du "36". Cet interminable colimaçon de linoléum sombre et usé, empreint d'une odeur de cire et suspendu à des murs jaunis, a la réputation de miner le moral des suspects... La vétusté et la configuration des lieux participent à cette atmosphère pesante. La rigueur procédurale et la culture de l'aveu achèvent l'ouvrage.

Je souhaitais proposer un regard autre que celui véhiculé par les media ou mis en scène dans le cinéma. Par devoir de réserve, je n'ai pas ouvert les portes du "36", soucieux de préserver les points de contrôle et l'intimité des bureaux. Mon approche se limite à l'escalier. J'ai préféré suggérer et retranscrire par l'image, l'impact psychologique de l'escalier sur le suspect. Cet escalier chargé d'histoire se suffisait à lui-même. Je l'ai appréhendé à nu avec ma vision monochrome d'enquêteur nyctalope, à la manière d'un vieux polar. Les marches (fil conducteur) rythment la progression comme sur un air de piano, tandis que la main-courante décoche quelques notes symboliques. Les cadrages verticaux guident l'ascension. Les éléments du décor ponctuent ce huis-clos, pour ne laisser aucune échappatoire.

Pour conclure, la porte referme ce lieu singulier sur ses fantômes: victimes, familles endeuillées, dossiers non résolus, "illustres" criminels, policiers morts en service...

Je vous invite à découvrir "le ventre de la P.J. parisienne", à l'ombre de ses marches...

clé de sol

escalier zéro

perspective du procès

la cage

ascenseur pour l'échafaud

main-courante #1

l'engrenage

fil d'ariane #1

dernier regard vers l'extérieur

sans issue